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Histoire de la Pologne

L'histoire polonaise se lit comme une succession de grandeurs et d'effacements. Le pays a compté parmi les plus vastes d'Europe avant de disparaître des cartes pendant cent vingt-trois ans, puis de renaître deux fois au vingtième siècle. Pour un lecteur suisse, habitué à une continuité institutionnelle rare sur le continent, cette trajectoire heurtée éclaire une grande part de la sensibilité polonaise contemporaine.

Naissance d'un royaume chrétien

Le duc Mieszko Ier reçoit le baptême en 966, geste fondateur qui rattache ses terres à la chrétienté latine. Son fils Boleslas le Vaillant est couronné roi en 1025. La dynastie des Piast structure ensuite le pays jusqu'à Casimir III le Grand, mort en 1370, qui fonde l'université de Cracovie en 1364 et accueille des communautés juives chassées d'Europe occidentale.

Union avec la Lituanie

Le mariage de la reine Hedwige avec le grand-duc lituanien Jogaila, en 1386, ouvre la période jagellonne. Cette alliance conduit à la victoire de Grunwald sur l'ordre Teutonique en 1410. L'Union de Lublin, conclue en 1569, donne naissance à la République des Deux Nations, monarchie élective dominée par une noblesse nombreuse et marquée par une tolérance religieuse remarquable pour son époque.

Partages et insurrections

L'affaiblissement progressif des institutions ouvre la voie aux ambitions russes, prussiennes et autrichiennes. La Constitution du 3 mai 1791, l'une des premières d'Europe, intervient trop tard. Trois partages, en 1772, 1793 et 1795, effacent le pays de la carte. Les insurrections de 1794, de 1830 et de 1863 échouent toutes, mais elles entretiennent une culture nationale que portent alors la littérature et l'exil.

Retour à l'indépendance

La défaite simultanée des trois puissances occupantes permet la proclamation de l'indépendance le 11 novembre 1918, autour de Jozef Pilsudski. La jeune République repousse l'Armée rouge devant Varsovie en 1920. Les deux décennies suivantes restent cependant marquées par les difficultés économiques et par un régime toujours plus autoritaire.

Occupation et Shoah

L'invasion allemande du 1er septembre 1939, suivie de l'entrée de l'Armée rouge le 17 septembre, inaugure près de six années d'occupation d'une brutalité extrême. Les camps d'extermination installés par l'Allemagne nazie sur le territoire polonais occupé, parmi lesquels Auschwitz-Birkenau et Treblinka, furent le lieu de l'assassinat de près de trois millions de Juifs polonais. L'insurrection du ghetto de Varsovie en 1943, puis l'insurrection de Varsovie en 1944, s'achèvent par l'écrasement des combattants et la destruction de la capitale. Le pays sort du conflit privé d'environ un cinquième de sa population et déplacé vers l'ouest.

Pologne populaire

Le régime communiste installé sous tutelle soviétique industrialise le pays et reconstruit les villes, au prix d'une pénurie durable et d'une police politique omniprésente. Les révoltes ouvrières de Poznan en 1956, de la côte baltique en 1970 et de Radom en 1976 rythment quatre décennies de contestation.

Solidarnosc et sortie du communisme

L'élection de Karol Wojtyla comme pape en octobre 1978, puis son voyage de 1979, libèrent une énergie collective considérable. Les grèves des chantiers navals de Gdansk aboutissent en août 1980 à la reconnaissance du syndicat Solidarnosc, dirigé par Lech Walesa. L'état de guerre décrété le 13 décembre 1981 par le général Jaruzelski suspend le mouvement sans le briser. Les négociations de la Table ronde débouchent sur les élections partiellement libres du 4 juin 1989 et sur le premier gouvernement non communiste du bloc de l'Est.

Ancrage européen et atlantique

La transition économique des années 1990 se révèle brutale mais rapide. La Pologne rejoint l'OTAN le 12 mars 1999, puis l'Union européenne le 1er mai 2004 après un référendum largement favorable, et enfin l'espace Schengen à la fin de 2007. Le pays compte aujourd'hui près de trente-huit millions d'habitants.