pologne
La peinture polonaise reste moins connue en Suisse romande que la musique ou le cinéma, alors qu'elle offre des figures d'une force singulière. Son histoire suit celle du pays, entre grandes machines patriotiques du dix-neuvième siècle, symbolisme fin de siècle et avant-gardes du vingtième. Les collections nationales de Varsovie, de Cracovie et de Poznan permettent d'en parcourir l'essentiel en quelques jours.
Jan Matejko, actif à Cracovie entre 1860 et 1893, met son talent au service de la mémoire nationale à une époque où l'État n'existe plus. La Bataille de Grunwald, achevée en 1878, et le Sermon de Skarga comptent parmi ses toiles les plus commentées. Ses compositions monumentales ont façonné durablement l'image que les Polonais se font de leur passé.
Le mouvement de la Jeune Pologne, autour de 1900, rompt avec le récit héroïque au profit du rêve et de l'inquiétude. Jacek Malczewski peuple ses paysages de faunes et de figures allégoriques qui interrogent la servitude et la création. Stanislaw Wyspianski, à la fois peintre, dramaturge et créateur de vitraux, laisse à l'église franciscaine de Cracovie un ensemble de verrières éblouissant.
Stanislaw Ignacy Witkiewicz, connu sous le nom de Witkacy, mène de front peinture, théâtre et théorie de la Forme pure jusqu'à sa mort en 1939. Ses portraits, exécutés selon un tarif et des règles qu'il codifie lui-même, gardent une charge ironique intacte. Les groupes constructivistes de l'entre-deux-guerres, notamment autour de Wladyslaw Strzeminski, participent pleinement aux débats européens de leur temps.
Zdzislaw Beksinski élabore à partir des années 1960 un monde de paysages désolés et de silhouettes décomposées, sans jamais donner de titre à ses toiles. Le musée historique de Sanok, dans les Carpates, conserve le fonds le plus complet de son travail. Sa notoriété internationale a beaucoup progressé depuis sa mort en 2005.
Née à Varsovie en 1898, Tamara de Lempicka devient à Paris l'une des signatures majeures de l'Art déco avec ses portraits aux volumes lissés. Sa carrière se poursuit ensuite aux États-Unis et au Mexique. Le marché de l'art lui accorde depuis deux décennies une place de tout premier plan.
Le musée Czartoryski de Cracovie abrite la Dame à l'hermine de Léonard de Vinci, peinte vers 1490, seule œuvre du maître conservée en Europe centrale. La collection a été acquise par l'État polonais en 2016. Le musée national de Varsovie complète ce parcours avec ses fresques nubiennes de Faras et ses salles consacrées à la création actuelle.